Réflexions sur Shavouot

  • Mordekaï BENSOUSSAN
Réflexions sur Shavouot

L’ELECTION D’ISRAËL

A Chavouoth, fête du don de la Torah, le peuple d’Israël se prépare à assumer son destin extraordinaire qui lui a été assigné par D. depuis la Création, et qui trouvera sa réalisation à partir de sa sortie d’Egypte, il y a quelques trente cinq siècles.

Cette élection d’Israël, qui justifie la relation de l’histoire des Patriarches , détaillée dans le livre de la Genèse, se concrétisera effectivement lors de la Révélation de D. au mont Sinaï, le sixième jour du mois de Sivane de l’an de grâce deux mille quatre cent quarante huit après la création du monde. Ce jour-là fut prévu et programmé dans ses moindres détails, par D. depuis qu’Il créa le monde, prévu et voulu par Lui au point que toute la Création n’eut lieu que pour accéder à cette étape cruciale dans le plan divin. Nos sages expliquent subtilement l’utilisation de l’article défini, au verset 31 du premier chapitre de la Genèse, « yom hachichi », alors qu’il n’est utilisé pour aucun autre jour précédent : il s’agit d’une allusion directe à un autre sixième jour, celui du mois de Sivane, lorsque D. descendra pour apparaître au peuple d’Israël au mont Sinaï. En d’autres termes, cela signifie que la conclusion des six jours de la Création n’eut de sens que parce que devait arriver le six Sivane, deux millénaires et demi plus tard, dans lequel Israël devait recevoir la Torah. Je dis bien « devait » parce qu’il ne pouvait y avoir d’autre choix pour le peuple élu. Le Talmud, dans le traité Chabbath, explique que D. contraignit Israël à accepter la Torah, en plaçant la montagne au-dessus de leurs têtes : ou ils acceptaient, ou ils étaient ensevelis sur place, sous la montagne. Cette menace, si elle avait été exécutée, aurait ramené le monde au tohu bohu originel, interrompant net la marche de l’Histoire. Sans la Torah, reçue et appliquée par Israël, le monde n’avait aucun sens, aucune raison d’être.

Cet enseignement bien connu, soulève un problème majeur : celui du libre arbitre d’Israël. De toute évidence, Israël fut contraint par D. et c’est sous cette contrainte qu’il reçut la Torah. Que vaut alors le consentement du peuple ? Peut-on cautionner un accord obtenu sous la menace ? La liberté de choix accordée à l’homme, qui a été voulue par D. depuis sa création, en tant que donnée majeure, connaîtrait-elle des exceptions selon la Volonté divine ? Afin de résoudre cette difficulté, nous devrons admettre deux principes qui peuvent paraître contradictoires : celui du libre arbitre de l’Homme, et celui de la Providence divine. Le corollaire est que le premier s’arrête là où commence le second.

Explications. L’affirmation que l’Homme est doté bel et bien du libre arbitre qui lui donne la possibilité de choisir selon son bon vouloir et sa conscience, est réelle et attestée notamment par Maïmonide, dans son Michné Torah. La première preuve de l’utilisation de cette liberté, faut-il le rappeler, est établie par le fameux péché originel, lorsqu’Adam n’agit pas du tout selon l’ordre qu’il reçut de D. et mange du fruit interdit.

D. ne décide pas à l’avance qui sera juste et qui sera méchant, chacun ayant la possibilité de devenir tel Moïse ou, à l’inverse, tel Bilaam. Les capacités intellectuelles ont été données à chacun pour assumer son rôle sur terre, sans que rien ne lui soit dicté pour cela. Ceci est vrai pour chaque individu, à son niveau.

Cependant, s’agissant du peuple tout entier, les choses sont tout autres. Le dessein de D. à l’endroit de Son peuple bouleverse ces données. D. pense l’histoire d’Israël dans sa globalité et lui indique la direction à suivre, étape après étape, afin de parvenir à l’issue voulue par Lui. Dans cette progression « contrôlée », Israël doit assumer les étapes obligatoires à franchir, celles qui éliminent précisément toute liberté de choix. Le Sinaï en fut une essentielle, rendue possible par la sortie d’Egypte ; elle ne pouvait, en aucun cas, être éludée ou contournée, car elle était l’aboutissement du processus de la Création et, en même temps, déterminante et constitutive du peuple d’Israël. Sans la Révélation, Israël n’aurait pas existé en tant que peuple élu de D. ayant une mission universelle. Aussi, lorsqu’Israël se rassemble au pied du mont Sinaï, D. l’y contraint d’accepter la Torah, conformément au plan initial, sans lui laisser d’autre option. Un choix libre qui aurait pu intégrer une possibilité de refuser la Torah, aurait bouleversé totalement l’ordre de la Création, pensé par D. Nous nous serions alors retrouvés dans une situation impossible : Israël changeant délibérément le Plan de D. pensé au moment de la Création, et rejetant la direction choisie par lui et la mission qui lui était assignée, d’où un décalage total entre la Volonté divine et celle de l’homme.

Cela peut arriver pour un individu, pas pour un peuple tout entier et à fortiori Israël. Cette distorsion l’aurait empêché de franchir l’étape suivante, essentielle : celle de l’entrée en terre de Canaan, afin d’y mettre en application les préceptes toraïques. L’Histoire se serait arrêtée là, en pleine ascension vers la réalisation du Plan divin. Voilà pourquoi D. priva le peuple d’Israël de sa liberté de choix collective, lui faisant comprendre qu’ici, au mont Sinaï, son destin se jouait et qu’une seule solution s’imposait à eux. Nous pouvons même ajouter, au risque de choquer, que D. Lui-Même jouait Son destin à ce moment là. Le destin d’Israël est lié, pour toujours, à D. Cela est attesté dans Malakhie (III v.6) : « Car Moi D. Je n’ai pas changé, et vous fils de Jacob, vous n’avez pas disparu ». D. est reconnu par Israël, seul parmi les nations, dont le destin est directement assuré par Lui. La Providence divine s’attache à Israël et le sauvegarde, malgré les dangers immenses qui le guettent et les tentatives criminelles pour l’éliminer. Ceci est une vérité ontologique indéniable.

Aussi, au moment de Sa Révélation, D. n’a d’autre choix que de contraindre Israël à accepter, permettant ainsi à l’Histoire de suivre son cours et, par là même, rester le D. d’Israël, comme cela est répété à maintes reprises dans des références diverses. Israël est pour D. Son peuple élu, et D. est pour Israël son D. unique, depuis le mont Sinaï . L’élection vaut dans les deux sens. C’est cette élection que nous fêtons à Chavouoth.

M. BENSOUSSAN

Michaël 02/09/2015 00:14

Votre brillante démonstration des différences entre la Providence divine (irrésistible et prévisible, car clairement énoncée dans la Torah) et le libre arbitre humain (au comportement individuel incertain) me rappelle les différences entre les grandes lois qui régissent notre Univers.
En effet, au niveau macroscopique, ces lois permettent de prévoir très longtemps à l'avance l'emplacement et la vitesse d'un corps céleste (astre, planète, satellite, etc...), alors que dans le monde de l'infiniment petit, de telles certitudes sont absolument impossibles.
C'est même le règne de la fameuse "incertitude d'Heisenberg" selon laquelle il n'est jamais possible, à ce niveau, de connaître simultanément l'emplacement et la vitesse d'un corps physique.
"Providence divine" versus "libre arbitre humain", "prévisibilité de la mécanique céleste" contre "incertitude de la mécanique quantique" : intéressantes "convergences" des logiques toraïques et scientifiques...

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