LE DELUGE … ET TOUT RECOMMENCER.

  • Mordekhaï BENSOUSSAN
LE DELUGE … ET TOUT RECOMMENCER.

Dix générations se sont succédées depuis la création d’Adam, le premier homme, jusqu’à Noah fils de Lémekh. C’est en citant son nom que la sectionBéréchith- la Genèse - conclue le premier millénaire du monde, après avoir donné les dix générations qui peupleront la terre. Mais cette première section se termine aussi, sur un constat fort décevant pour Le Créateur. Après avoir créé un monde quasiment parfait et y avoir installé Adam pour le dominer et le sauvegarder, le verset dit : « Et D. vit que grande était la méchanceté de l’Homme sur terre, et toute la tendance des pensées de son cœur n’était que vers le mal, tout le temps. Alors, D. regretta qu’Il avait fait l’Homme sur terre…» (VI v.5-6) Nous ressentons ici une extrême déception, une sorte de lassitude de D. de voir les générations se succéder, sans qu’aucune ne manifeste la moindre attirance pour le bien, qui consistait alors, précisons-le, à se conduire dignement les uns envers les autres, à cultiver des qualités d’âme propres à l’Homme, à méditer sur les intentions exaltantes du Créateur quand Il créa le monde, et justifier ainsi précisément, cette Création. Il n’y avait pas de Torah alors, donc pas de Loi contraignante ni d’étude de la Loi, ni rien de ce genre. En somme, l’Homme devait vivre pour comprendre pourquoi il a été créé, et montrer en conséquence, des qualités morales et des vertus intrinsèques à sa nature profonde et à son potentiel intellectuel.

Pourtant, malgré cette absence de contrainte et cette exigence morale à minima, l’Homme ne montre aucune preuve de son potentiel spirituel, ni aucun signe favorable de nature à satisfaire Le Créateur de l’avoir créé. Deux hommes, dans ces dix générations, se montrèrent bons devant D. Hanokh fils de Yéred, à la septième génération, et Noah, à la dixième. Le premier « marcha droitdevant D. » mais « disparut, car D. l’avait repris » (V v.22-24), prématurément à l’âge de trois cent soixante-cinq ans, tout de même, pour ne pas qu’il soit gâté par son entourage corrompu. Le second, Noah, fait l’objet de laparachah de ce Chabbath : c’est lui qui organisera la survie de l’Homme après le déluge qui s’abattra sur la terre. D. l’avait choisi car « il avait trouvé grâce à Ses yeux » (VI v.8), parce qu’il était « juste et intègre dans sa génération » (v.9). Le premier mourut prématurément, parce que la durée de vie de l’Homme d’alors fut particulièrement longue, telle que D. l’avait prévue, ( Adam vécut 930 ans ; Mathusalem 969 ans ) afin qu’il puisse avoir le temps d’observer et de comprendre le monde, pourquoi il avait été créé et sa finalité sur terre. N’ayant reçu aucune tradition ni héritage spirituel, du moins pour les premiers hommes, c’est le temps qui leur permettait d’acquérir et de maintenir la connaissance « des vérités universelles ». D. préféra donc le reprendre auprès de Lui « dans la fleur de l’âge », tant qu’il était encore bon et droit, car les années et les siècles passées auprès des autres l’auraient corrompu, lui aussi.

Quant à Noah, qui vécut en tout 950 ans, il fut d’un autre tempérament. Le Talmud nous enseigne : si le verset précise que Noah était « juste et intègre dans sa génération », en insistant sur ces derniers mots, c’est qu’il sous-entend quelque chose. Rav l’interprète de façon favorable pour Noah : si dans sa génération corrompue et dégradée il était quand même juste et intègre, à fortiori dans une génération meilleure, l’aurait-il été ! Chmouel interprète à l’opposé ce verset : par rapport à cette génération-là, il était juste et intègre ; s’il avait vécu dans une génération meilleure, à l’époque d’Abraham par exemple, il aurait été éclipsé totalement par la personnalité du Patriarche. (T.B.Sanhédrin 108A). Tout est relatif finalement.

En tout état de cause, c’est sur Noah que D. va S’appuyer pour reconstituer l’humanité, vouée à l’extinction à cause de son inconduite et de son incroyable perversion. D. ne peut supporter ces générations humaines perverties, gaspillant leur potentiel spirituel pour s’entretuer et commettre le mal.Il décidera donc de les effacer et de recommencer à partir d’une souche saine et solide ; d’où le compliment très rare du versetà l’endroit de Noah. D. va lui demander d’anticiper la destruction de l’homme sur terre par le déluge à venir, en construisant une arche monumentale, de trois étages, dans laquelle il accueillera un couple de chaque espèce animale créée, ainsi que sa propre famille pour l’espèce humaine. Le Midrash indique que D. lui donna l’ordre de construirecette arche cent vingt ans avant le déluge, afin de donner le temps aux hommes de prendre conscience du danger qui les guettait et de s’amender, afin d’annuler ce terrible destin. D. prévient toujours avant de frapper ou de laisser frapper, et Il désigna le bon Noah pour ce faire. Malheureusement, celui-ci ne se montra pas à la hauteur de l’attente divine pour sauver peut-être l’humanité. Il se contenta, dit le Midrash, de planter de nombreux arbres, de les couper ensuite, puis de construire avec son arche, ce qui laissa largement le temps aux hommes de s’enquérir de ce que préparait Noah. Ils le questionnèrent sur ses curieux préparatifs, ils reçurent la réponse effrayante, mais ils n’en tinrent aucun compte et le raillèrent plutôt en le traitant de fou. Noah ne réussit pas à leur faire prendre conscience ni de leur égarement, ni du grave danger qu’ils couraient. C’est pour cela que le deuxième avis, cité plus haut, interprète en mal le verset : Noah ne s’est pas montré à la hauteur de sa tâche, contrairement à un Abraham qui se dressa et tenta de détourner la colère divine de Sodome et Gomorrhe, malgré leur dépravation totale. Noah se montra soumis et discipliné, et agit selon l’ordre de D. sans essayer de sauver ses congénères de la disparition programmée. Il en avait pourtant suffisamment le temps, et c’est ce que D. attendait de lui.

Le deuxième millénaire de l’humanité commence donc très mal : on efface tout et on recommence. Non, pas tout ! D. s’attache à recommencer à partir d’un homme, bon et droit, sans grande dimension il est vrai, mais avec ces valeurs fondamentales qui font l’Homme. Il préservera sa famille et les animaux dans son arche, dans laquelle il démontrera ses grandes qualités humaines vis-à-vis des uns et des autres. D. ne recommencera donc pas tout et l’Histoire pourra continuer, après être passée par une sorte de goulet révélateur.

A l’issue du déluge, D. prend l’engagement de ne plus sévir aussi catégoriquement contre l’humanité, et qu’il n’y aura plus de déluge ravageur de la sorte. Certes, surviennent de temps en temps des tornades et des orages destructeurs, tel celui qui s’abattit sur la Côte d’Azur, il y a deux semaines, parmi bien d’autres plus ravageurs encore dans le monde, mais cela ne ressemble en rien à ce déluge volontairement destructeur, qui effaça l’humanité tout simplement, qui ne parvenait pas à s’améliorer et à justifier pourquoi elle avait été créée. Aujourd’hui, les catastrophes dites « catastrophes naturelles » ne sont pas que naturelles ; nous pensons qu’elles ont un caractère de « phénomène divin » qui doit interpeller l’homme et l’interroger sur sa manière d’agir dans le monde. Il ne peut pas faire ce que bon lui semble, et s’étonner que la terre réagisse mal et de façon ravageuse. Sinon, à quoi lui sert son esprit que D. lui a donné ; à quoi et pour quoi utilise-t-il sa pensée ?

L’Arc en ciel sera donc le signe d’alliance que D. conclut avec Noah et sa descendance, et si certains y voient tout simplement le phénomène physique de la réverbération des rayons solaires sur les gouttelettes de pluie, d’autres, dont nous sommes, préfèrent y voir cette manifestation magnifique de l’espérance que D. place en l’Homme. Même dans le mal absolu qu’il est capable d’accomplir, il faut espérer en lui et dans ses capacités de s’amender. Il peut resplendir alors de tout son éclat, tel l’arc en ciel de toutes ses merveilleuses couleurs.

Il ne faut pas s’en tenir au phénomène physique et expliquer fièrement « comment ? ». Il faut aussi essayer de comprendre « Pourquoi ? ». Et cela risque de rendre l’homme beaucoup moins fier…

mordechai 25/10/2015 00:01

Comment? Pourquoi? Bien sur, car la Tora dit ainsi!!
avec la conviction de la réalité de la Tora, il faut adapter la science aux données établi...

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