TOU BICHVATH HIGUIA ….

  • Mordekhaï BENSOUSSAN
TOU  BICHVATH  HIGUIA ….

Selon cette célèbre chansonnette, dont les premiers mots ont été placés en titre, l’on serait tenté de croire que la fête de TouBichvath, qui est en réalité une demi-fête, serait dédiée aux enfants et à une joyeuse dégustation de fruits.

Cela n’est pas (du tout) exact ! Même si nos enfants sont associés à toutes nos célébrations, par souci de transmission et de pédagogie, la fête du « quinze Chevath » tire son origine dans une tradition bien plus sérieuse, dans le berceau de la Kabbalah, à Safed. Bien que sa mention en tant que « nouvel an des arbres » se trouve explicite dans la Michna*, il n’est question que de marquer le point de repère afin de déterminer le début du bourgeonnement des arbres fruitiers, notamment pour fixer le début de la dime pour les fruits.

Par contre, la célébration particulière que la Tradition a retenu jusqu’à ce jour, sous la forme d’un repas de fruits selon un « seder », comparable à celui de Pessah, un ordonnancement spécifique associé à la récitation de bénédictions et de prières ordonnées avec précision, cela nous le devons aux kabbalistes post lourianesques. En effet, il n’est fait aucune mention d’une célébration de « TouBichvath » dans le Talmud, qui est traditionnellement la matière de base de la halakha, mais seulement de la constatation qu’à la date du quinze Chevath, la saison des pluies arrive à son terme et que la sève recommence à monter dans les arbres, permettant leur bourgeonnement pour une nouvelle floraison. Ceci est notamment la thèse de Hillel dans la Michna. Il est donc nécessaire de mieux comprendre les fondements de cette belle tradition qui remonte probablement au seizième siècle, en terre sainte.

La symbolique de l’arbre dans la Bible et dans la Tradition, est certainement importante. Le premier arbre dont nous parlons, dans Béréchit, est cet « arbre de la connaissance » qui a provoqué le renvoi d’Adam et Hava du Jardin d’Eden. Les kabbalistes voient là la véritable nécessité d’un « tikoun » ou une réparation de la faute, rendu nécessaire par la faute d’Adam qui a mangé ce fruit interdit, quelle que soit l’espèce. De plus, la tradition kabbalistique voit la nécessité de ce tikoun pour « réparer » les fois où l’on a consommé des fruits sans bénédiction, où l’on n’a pas mangé de fruits quand il le fallait, notamment pour jouir de ce monde et de ce que D. a créé pour notre plaisir et notre bien.

L’arbre fruitier est le symbole de la vie et de la subsistance, au point qu’il est interdit de le couper, même lorsque cela pourrait s’avérer nécessaire en cas de siège d’une ville, par exemple. La terre d’Israël a d’abord été louée pour ses fruits regorgeant de miel et de nectar : une terre où coulent le lait et le miel, celui des dattes notamment. Cette profusion se retrouve dans la bouche de Moshé qui décrit la terre d’Israël comme étant celle « du blé et de l’orge, de la vigne, de la figue et de la grenade ; de l’olive et de la datte » (Dévarim VIII, 8).Cinq des sept espèces végétales citées, proviennent des arbres, déjà plantés avant l’entrée d’Israël sur sa terre promise, et pour le produit desquels il fallait rendre grâce à D. donnant ainsi le fondement de la célébration de cette fête. Un récit édifiant est raconté dans le Talmud, à propos du grand maître « Honihaméaguel », bien connu pour les miracles qu’il accomplissait.

Il rencontra un jour un vieillard affairé à planter un caroubier, qui ne donne de fruits que bien des années plus tard. Il se moqua en lui demandant s’il espérait un jour manger de ses fruits ; le vieillard lui répondit qu’il ne plantait pas cet arbre pour lui mais pour ses enfants et petits-enfants. Cette leçon qu’il reçut de ce paysan, lui apprit qu’il fallait planter des arbres fruitiers pour viabiliser la terre d’Israël, même si on n’en profitait pas soi-même : la postérité nous en sera reconnaissante (Traité Taanith 23A). Planter un arbre fruitier est à ce point important, que le célèbre maître RabbaneYohannan ben Zakkaï décréta que si l’on était à planter un arbre et que le Messie arrivait juste à ce moment-là, il fallait finir de planter avant d’aller accueillir le Messie. Il y a d’ailleurs une corrélation évidente entre la venue messianique et la floraison de la terre d’Israël, décrite notamment par le prophète Ezéchiel, dans son chapitre XXVI. Le signe précurseur le plus évident de la venue messianique, est précisément la fertilité retrouvée de la terre et les frondaisons des arbres fruitiers qui s’alourdissent des plus beaux fruits, afin d’accueillir les fils d’Israël de retour sur leur terre et les nourrir.La terre verdoyante du retour d’Israël se distinguera totalement de la désertification de l’époque d’exil.

Selon la tradition kabbalistique, rapportée par Rabbi Issakhar Ibn Soussan**, il y a lieu de consommer au moins quinze espèces de fruits, correspondants au quinze du mois, voire plus encore sans limitation réelle. En effet, le but est de bénir le plus d’espèces possibles afin de solliciter la bienveillance divine pour les faire pousser dans la nouvelle année fruitière qui commence, conformément à la Michna.Cependant, dans les siècles précédents, les juifs vivant notamment dans les pays froids encore sous la neige à cette époque de l’année, ne pouvaient se procurer cette profusion de fruits ; d’où la tradition de manger des fruits confits, tel le cédrat ou certains agrumes qu’ils pouvaient conserver plus longtemps.

Comme en toute cérémonie nécessitant un ordre d’exécution de divers éléments, la consommation des nombreux fruits, accompagnés des textes et des bénédictions adéquats, doit respecter un ordre précis, notamment établi par les kabbalistes, puis mis en pages dans le rituel Hemdathayamim, qui servit de base au Peri Ets Hadar que nous utilisons jusqu’à ce jour, très largement diffusé. Il y a lieu donc de se procurer ce petit fascicule et de suivre l’ordre qui y est préconisé, avec, autant que possible, la lecture de certains passages de la Bible et du Zohar correspondant au fruit que l’on s’apprête à manger.

Bien que la date du quinze Chevath ait été fixée pour la terre d’Israël, et répond donc aux particularités climatiques d’Israël où l’hiver touche à sa fin à cette époque, TouBichvath est également célébrée dans le monde entier, malgré le décalage climatique évident et bien que l’hiver soit encore rigoureux dans la plupart des pays. Cela démontre, s’il en était besoin, de la place centrale qu’occupe la terre d’Israël dans le monde juif, et la référence qu’elle continue d’être pour les juifs du monde entier.

*Michna Roch Hachana, chap. 1 m. 1

** Kabbaliste du XVIème siècle, auteur du« IbourHachanim »

Michel ASSOUN 27/01/2016 17:41

Belle tradition.
Au sens des fruits (au sens large) que nous donne ce monde !

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