La haine endémique d'Israêl

  • Mordekhaï BENSOUSSAN
La haine endémique d'Israêl

Comme si le destin d’Israël le prévoyait et le planifiait, la lecture dans toutes les synagogues du monde de la parachath Amalek, le chabbath qui précède Pourim, se trouve être d’une actualité surprenante, et ainsi chaque année. L’attaque d’Israël par les amalécites, lors de la sortie d’Egypte il y a trente cinq siècles, l’injonction que la Torah nous donne, en conséquence, « d’effacer le souvenir d’Amalek de sous les cieux », très surprenante dans la Torah qui nous enseigne plutôt la tolérance et l’oubli du mal qu’on a pu nous faire, nous impose une réflexion particulièrement nécessaire aujourd’hui. Cette période précédant la célébration de Pessah et notre libération d’Egypte, est propice à cette analyse, au moment où la violence et la haine font des ravages en Israël et dans le monde. Nos sages ont institué cette lecture avant Pourim, précisément pour éveiller les consciences sur l’évènement répétitif de la guerre d’Amalek dans l’histoire d’Israël ; les époques peuvent changer, la haine d’Amalek persiste tel un virus quiescent qui se réveille de temps en temps dans le corps humain.

Cependant, nous devons approfondir notre compréhension de cet évènement et de sa similitude avec la guerre d’Amalek des siècles plus tôt, à la sortie d’Egypte. Les points communs sont nombreux et, pour ainsi dire, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le texte dans Chémoth (Parachath Bechallah XVII) décrit le contexte dans lequel surgit l’ennemi amalécite et attaque lâchement Israël, par surprise et sans raison apparente aucune, alors que celui-ci est à la fois sans préparation et sans moyens de combattre. A la suite des nombreux prodiges qui ont accompagné la sortie d’Egypte, jusqu’à la mer Rouge et la manne céleste, cette brève attaque d’Amalek s’inscrit dans la logique des miracles divins accordés à ce peuple d’esclaves, tout juste libéré de son joug écrasant et cruel. Cette précision du lieu de la bataille, le lieudit Réfidim, est immédiatement interprétée par nos exégètes comme la clé du mystère : mais que diable ont-ils fait les Israélites aux Amalécites ? Qui donc pouvait s’intéresser au sort de ces pauvres gens trainant les pieds dans les sables du désert, esclaves persécutés hier encore ? Dans ce conflit, il y a pourtant deux protagonistes, tous deux responsables à divers niveaux : Israël connait subitement une baisse dans sa foi en D. pourtant au plus haut lors de la traversée de la mer Rouge, et Amalek qui vient le frapper à ce moment précis, sournoisement. Il est vrai que juste avant cette attaque d’Amalek, le texte décrit l’épisode malheureux de Massa, là où Israël réclama brutalement de l’eau et, dit le verset, où il dit : « Est-ce que D. est au milieu de nous, ou non ? » (v.7).

Ibn Ezra se livre même à une sorte de psychanalyse du peuple. Israël vient tout juste de sortir d’Egypte et dans sa libération, paradoxalement, il ne fut que spectateur et non acteur. Son long esclavage avait annihilé son esprit combatif, son esprit d’initiative, comme l’on peut deviner que cela se produise chez des esclaves écrasés de labeur durant des années. Il n’était donc aucunement préparé à une quelconque attaque armée ennemie, à fortiori d’un peuple puissant aguerri aux combats. Cela peut expliquer l’interprétation donnée par nos sages au lieu Réfidim : au plan phonique, ce terme peut être compris comme « les mains faibles » en hébreu, c'est-à-dire qu’Israël ne se sentait pas d’attaque pour affronter Amalek, mais aussi pour s’en remettre à D. comme sur la mer Rouge, afin de combattre à sa place comme il le fit contre les égyptiens. C’est alors que Moshé sauve la situation et prend les choses en mains ; il va mener le combat non sur le champ de bataille, mais au sommet d’une colline d’où il implorera D. Ce sont ses bras qui combattront sans coup férir, sans armes, simplement en les étendant vers le ciel ; si les bras d’Israël s’étaient affaiblis à Refidim, ceux de Moshé seront forts et décisifs dans cette victoire pourtant miraculeuse. Ici, en effet, Israël finit par se ressaisir en voyant Moshé lever les bras en signe d’imploration de D. de sorte qu’ils furent « fermes jusqu’au coucher du soleil ». Le terme hébreu est plus précis : émounah ! Ses bras suscitèrent la foi de la part d’Israël qui comprit rapidement que leur force n’était qu’en D. et qu’Il leur accordera la victoire, s’ils y croient. Le terme exact utilisé est vayahaloch, « et Josué affaiblit Amalek et son peuple au fil de l’épée » (v.13).

Il est intéressant de constater que le nom de D. ne figure pas du tout dans les versets qui décrivent la bataille ; il n’apparaitra qu’après, lorsque D. demandera de transcrire ces faits pour la postérité, car Il effacera complètement le souvenir d’Amalek. Pourquoi ? Cette guerre là, c’est Israël seul qui la mènera, avec son courage et sa détermination, en espérant en D. et en Son salut, alors que jusqu’à présent, c’est D. Qui agit et Qui combattit en faveur d’Israël. C’est à Josué que Moshé devra transmettre ce message fort, car c’est lui qui mènera la conquête de Canaan, plus tard, et que la guerre contre Amalek fera partie des trois priorités absolues dès leur entrée en terre promise. (Rambam. Michné Torah)

Pourtant, ce combat radical contre Amalek, connaîtra une sorte d’exception, lorsque le roi Saül transgressera l’ordre divin d’éradiquer le souvenir d’Amalek, pris de pitié pour son roi Agag, seul rescapé de la bataille d’Israël contre son peuple, l’épargna un moment, provoquant la colère de D. Qui lui dépêcha Son prophète Samuel pour lui signifier la fin brusque de sa royauté (I Sam. XV). Cette clémence momentanée fut fatale pour le peuple d’Israël, qui se trouva confronté à la haine du descendant de ce roi Agag : Haman. Ce dernier, descendant d’Esaü, père de son aïeul Eliphaz, héritera de la haine de son ancêtre contre les juifs, enseignée dans une culture sournoise où l’on sait parfaitement quand exactement surgir pour frapper Israël, instruit de ses points faibles et de ce qui peut causer sa perte. Les juifs exilés dans l’immense empire d’Assuérus, successeur perse du babylonien Nabuchodonosor, devinrent extrêmement vulnérables aux mains d’un Haman qui attendait dans l’ombre de tuer sa proie. Sa présentation du complot contre les juifs au roi, en dit long sur sa bonne connaissance des faiblesses d’Israël : « Il est un peuple dispersé et divisé dans toutes les provinces de ton royaume, dont les lois diffèrent de toutes les peuples et ils n’observent pas les lois du roi » (III v.8). Voici exactement le noyau de la dialectique antisémite depuis des millénaires : l’exil de ce peuple est la preuve qu’il est abandonné, sans patrie ni terre d’attache ; c’est le juif errant ! De plus, son espérance d’être délivré vient de s’évanouir, puisque l’échéance des soixante dix ans d’exil vient de se conclure. Il peut donc être persécuté et spolié voire éliminé sans que nul ne réclame justice pour lui. De plus, il est non miscible dans la société, quelle qu’elle soit. Il respecte d’autres lois et ne se soumet à aucune règle, aucune loi établie d’aucun pays : il est donc gênant et nuisible pour le reste de la société respectueuse des us et coutumes du pays. L’argument de la dispersion et de la division a une double implication : c’est une caractéristique négative de ce peuple apatride, mais c’est aussi un défaut grave pour lui, car même en exil, il n’est pas capable de s’unir et de se reconstituer.

Les ennemis d’Israël, et surtout Amalek et tous ses suppôts, connaissent parfaitement cette dialectique qu’ils exposent comme une faiblesse de ce peuple, pour l’avoir souvent et longtemps observée. Les ouvrages au vitriol, tels « Le protocole des Sages de Sion » et tous les pamphlets antisémites connus, de toutes les époques, ne sont que l’actualisation des arguments anti juifs de Haman. Celui-ci a fait bien des émules, jusqu’à nos jours où l’on ne s’embarrasse plus d’innovations en la matière ; la haine d’Israël se suffit à elle-même. Les descendants de cet empire perse, sur le même territoire, l’Iran pour le nommer, ne font que reprendre cet héritage honteux en lui donnant les accents pathétiques des mollah enturbannés haineux d’Israël, qui ne rêvent que d’éliminer Israël de la surface du globe, vingt six siècles plus tard. Ce genre d’ennemis veut d’abord présenter une théorie scientifique, un argumentaire intellectuel où des propos sensés et polis peuvent saisir les interlocuteurs. Il est question de délégitimer, de désacraliser Israël, à l’instar d’Amalek originel qui, selon l’expression de nos sages dans le Midrach, « sauta dans la baignoire bouillante au risque de se bruler, juste pour démontrer à tous les peuples d’alors que l’on pouvait sans crainte attaquer et éliminer Israël ». Alors que tous les autres avaient eu peur de ce peuple protégé par son D. depuis la sortie d’Egypte et montraient des scrupules à son égard, Amalek l’attaque et le brave pour le désacraliser, n’hésitant pas même à porter atteinte « au Trône de D. » selon le verset (Chémoth XVII v.16).

Puis, lorsque la théorie antisémite ne trouve pas d’adeptes et que la provocation devient insupportable, c’est la force qui l’emporte et la volonté incompréhensible d’en finir avec Israël. Le monde voit et entend, mais ne comprend pas, ne réalise pas le danger qui s’approche à vive allure. Comme pour Haman préférant les coulisses discrètes du pouvoir pour exposer son complot au roi, s’immisçant dans la pénombre et tissant sa toile, le dictateur prépare son jour de gloire contre Israël, s’arme et se surarme dans le secret pour mettre son plan à exécution.

L’histoire de Haman l’Amalécite, vient nous démontrer que l’on peut planifier des complots et se préparer contre Israël, c’est la Volonté de D. Qui finit toujours par triompher, et tous les ennemis d’Israël seront confondus et stupéfaits du salut de D. Plus cette haine se manifeste et se concrétise, plus notre foi se renforce dans « Le Rocher d’Israël » Qui permettra, une nouvelle fois que ce verset du Rouleau d’Esther se réalise : « Pour les juifs ce sera lumière, joie, allégresse et gloire ».

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