LA BENEDICTION DE LA PAIX

  • Mordekhaï BENSOUSSAN
LA  BENEDICTION  DE  LA  PAIX

La parachah que nous lirons ce Chabbath, la section Béhoukotay, conclue la lecture de Vayikra par un thème capital dans la théologie juive : la rétribution et le châtiment. Comment motiver et responsabiliser l'homme à accomplir les commandements divins si ce n'est en lui indiquant les bienfaits qui lui seront accordés, en cas d'obéissance et les risques qu'il encourt dans le cas contraire ? Mais il ne s'agit pas ici d'une simple alternative, au premier degré, devant laquelle tout homme avisé sait choisir entre le bien et le mal, pour lui. D. ne manie pas la carotte et le bâton et Israël n'est pas un stupide animal qu'on étrille pour avancer. Les motivations sont profondes et les perspectives lointaines et exaltantes, qui permettent à Israël de s'engager résolument vers D. et de Le servir sincèrement.

Car, c'est bien cette sincérité qui pourrait être remise en cause, alors qu'elle est la clé de voûte dans le service divin. La menace du châtiment et la perspective de la récompense peuvent très largement obérer l'action de l'homme et la réduire à une parodie ridicule. C'est cette question qui a préoccupé nos sages et les a poussés à comprendre l'intention profonde de la Torah dans sa présentation du choix devant lequel chacun est placé, malgré lui. Nous en avons l'exemple évident dans l'enseignement d'Antigone de Sokho, dans les Pirké Avoth : « Ne soyez pas comme ces serviteurs qui servent leur maître dans l'attente d'une récompense ! » (chap.1 m.3).

Maïmonide voit dans la rétribution promise dans la Torah uniquement la possibilité de l'accomplir sereinement et complètement, sans épreuves ni souffrances pouvant nous en empêcher : vivre la Torah dans la paix et la satiété, c'est mieux l'accomplir et s'y épanouir.

Dans la série des bénédictions que la Torah nous présente, c'est celle de la paix qui occupe la première place par ordre d'importance. En effet, même si le texte commence par promettre la satiété et l'abondance, Rashi a raison de dire que sans la paix, le pain ne vaut rien ; un homme rassasié sans paix ni tranquillité, ne peut aucunement en profiter. D'ailleurs, le verset le précise clairement :"…vous mangerez votre paix à satiété et vous résiderez en sécurité dans votre pays. J'instaurerai la paix dans le pays…(XXVI v.5-6).

Nous sommes stupéfaits de constater l'extraordinaire réalité de ces propos. Notre histoire foisonne de guerres et de conflits qui ne furent pas les nôtres, mais qui nous ont été imposés uniquement parce que notre terre se situait à l'intersection des continents et des empires ennemis. Voici pourquoi la Torah précise : «…et le glaive ne traversera pas votre pays ». Il s'agit de guerres qui se déroulent sur notre territoire sans qu'elles nous concernent directement et qui peuvent ruiner la vie d'un pays.

Le Or Hahayim ajoute que ces conflits ruineux proviennent d'une instabilité des nations et d'une guerre larvée entre elles : lorsqu'il n'y a pas de paix dans le monde, il n'y a pas de paix en Israël; et inversement, la paix dans le pays influe sur la paix dans le monde. La Torah nous promet que, pour préserver la paix dans le pays, il y aura la paix dans les nations qui entretiennent l'insécurité en Israël. Cela aussi est criant de réalité.

Nous voyons de nos yeux une effroyable injustice où l’assassin passe pour le persécuté et le spolié ; c’est le fomenteur de troubles, l’incitateur à la haine, le semeur de guerres qui présente une image d’homme de bien qui ne demande qu’à vivre en paix : rien de plus ! Cette situation extrapole la seule description des versets de la parachah dans lesquels nous voyons qu’il ne dépend que d’Israël de vivre en paix et dans la satiété, dans la quiétude et le bonheur pour peu qu’il suive les chemins de la Torah, qu’il en respecte les commandements et qu’il en fait sa règle de vie. Certes, le pouvoir de décider de son destin est entre ses mains, mais qu’en est-il de ses ennemis acharnés, refusant d’admettre jusqu’à son existence, jusqu’à son droit de vivre comme toutes les nations sur terre ? Celles-ci ne veulent pas admettre que leur propre tranquillité dépend de celle d’Israël qui est le «canal» par lequel la bénédiction divine transite pour s’épancher sur terre : c’est de la paix en Israël que dépend la paix du monde !

Mais il n'y a pas que l'aspect belliqueux dans les rapports entre les nations ou l'absence de conflit pour obtenir la paix. Celle-ci parfois est bien plus difficile à atteindre quand il s'agit de la paix intérieure, de la paix entre nous. Cette interprétation convient tout à fait à la succession des versets que nous donnions plus haut : si vous mangez votre pain à votre faim, alors la paix et la sécurité règneront dans le pays. La paix sociale, l'égalité et la nourriture assurée à chacun selon ses besoins, assurent la paix et la concorde entre tous. Rien de tel pour assurer la paix intérieure, que la bonne distribution des richesses et la répartition équitable de la nourriture pour tous. Ce sont les ventres affamés qui fomentent les révolutions et qui bouleversent les Etats, nous l’avons appris dans les livres d’histoire et vu de nos yeux dans certains

pays totalitaires où les richesses et les pouvoirs étaient concentrés dans quelques mains seulement. Avoir à manger, et dans des termes modernes, du travail, contribue largement à assurer et à maintenir la paix

sociale et la paix dans les frontières. Voilà ce que promet la Torah dans ces versets et nous voyons aujourd’hui, de façon évidente, combien ces mots sont d’actualité.

Une dimension supplémentaire est donnée par le Hatam Sofer lorsqu'il fait intervenir la notion de satisfaction dans le sens que chacun doit se suffire de ce qu'il possède. Une telle qualité, très appréciée dans la Tradition, permet également de se rassasier facilement par ce que l'on a mangé, peu ou prou. C'est un véritable don divin pour celui qui est capable d'une telle abnégation et sans nul doute, c'est la paix réelle qui résidera dans sa demeure. N’est-ce pas là aussi, une interprétation criante d’actualité ? Ne voyons-nous pas des hautes personnalités impliquées dans des scandales lamentables de corruption, précisément parce qu’elles n’ont pas su se contenter du pouvoir que la démocratie leur a accordé ? Nous le voyons, ce n'est pas seulement le silence des armes qui apporte la paix, mais la quiétude de la conscience, celle qui ne recherche pas constamment à posséder plus, à acquérir le bien du voisin ou à rechercher inlassablement le gain et le profit.

Enfin, nous ajouterons une dernière interprétation à cette paix tant désirée, promise dans notre parachah. Elle est donnée par Ramban, dans le thème messianique. C'est cette paix profonde et véritable que le prophète Isaïe a décrite en parlant du loup et de l'agneau qui s'accroupiront ensemble dans la prairie (chap.XI). Les conflits naissent de la propension de l'homme à vouloir dominer l'autre, le dévorer et le dépouiller de ses biens, à s’accaparer ce qui est à l’autre. Cette image messianique de la paix absolue, de quiétude et d’égalité où l’homme ne sera plus un loup pour l’homme, qui peut paraître candide et naïve, nous indique en fait l'idéal de société qui sera instaurée par le Messie : les ennemis jurés d'hier ne seront plus que de bons voisins, paisibles et quiets. Si l’on espère que seul le Messie saura instaurer cet état de paix, c’est probablement parce que nous n’y avons pas réussi nous-mêmes, tel que D. avait voulu lorsqu’Il créa le monde.

J'ajouterai enfin que la véritable paix est celle des idées, lorsque l'on ne veut pas trucider celui qui ne pense pas comme nous, non parce qu'il est différent, mais parce qu'il n'a pas reçu la même éducation. A nous de lui faire aimer ce qui nous semble être les plus belles valeurs du judaïsme et en ces temps troubles dans notre pays, c’est là une qualité fort importante et nécessaire : faire aimer D. faire aimer Sa Torah grâce à l’exemple que nous pourrions donner par notre comportement de tolérance et d’équité.

Il est bon, enfin, de souligner les nombreuses autres bénédictions promises dans notre parachah : la victoire sur nos ennemis, la satiété et la prospérité du pays et enfin, la résidence de la présence de D. sur notre terre, comme couronnement suprême de toutes les autres promesses.

La présence « visible » de D. dans Son Temple constituera l’aboutissement logique de tout le processus de la délivrance, elle-même conséquente du rapprochement d’Israël de son D. Lorsque D. sera dans tous les esprits et les cœurs et non plus seulement dans les livres de prières. Selon Ramban, toutes ces bénédictions ne se sont pas encore réalisées et restent potentielles pour le jour où D. Se manifestera à Son peuple. Ce jour là arrivera assurément très bientôt, si nous le voulons...LA BENEDICTION DE LA PAIX

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Michaël 27/06/2016 17:40

Effectivement, Israël est le baromètre de l'état de paix mondial, de même que le sort réservé aux communautés juives de la Diaspora est un baromètre de la la paix intérieure des pays où elles résident. On ne peut pas dire que le baromètre soit actuellement au beau fixe !

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