LE SENS DES REVES DANS LA BIBLE

  • Mordekhaï BENSOUSSAN
LE SENS DES REVES DANS LA BIBLE

L’activité onirique des personnages importants de l’Histoire, est un thème central dans la Bible. Souvenons-nous : Jacob, contraint de quitter précipitamment son père Isaac, fuyant la fureur de son frère ennemi Essav, arrive au lieu-dit Beth El qui n’est autre que le Mont Moriah, le lieu où devait être sacrifié son père Isaac et aussi là où sera érigé le Temple de Salomon plus tard, et tombe, épuisé, dans un sommeil profond. Il fait un songe où il voit cette fameuse échelle où des anges montent et descendent. Nous avons expliqué déjà l’importance de la signification de ce rêve. Puis, c’est au tour de Joseph, son fils, de faire des rêves étranges, où il voit des gerbes de blé dans un champ, puis le soleil et la lune dans un étrange ballet avec des étoiles. Lui-même n’en comprend pas tout de suite le sens, qui paraît pourtant clair aux yeux de son père Jacob. Ces rêves sont, de toute évidence, prémonitoires et annonciateurs du devenir glorieux de Joseph, qui deviendra un jour roi et qui verra ses frères se prosterner devant lui : les onze étoiles, ainsi que le soleil et la lune, se prosternent devant son étoile à lui.

Ce sont encore deux rêves qui viendront révéler les dons exceptionnels de Joseph d’interpréter les songes, quels qu’ils soient, don que D. a placé en lui précisément pour l’aider à réaliser son destin. Alors qu’il croupit au fond d’un cachot, où il fut injustement jeté, deux serviteurs du Pharaon vont l’y rejoindre à cause d’une faute commise par eux à l’encontre du roi. Ils rêveront et Joseph saura leur dire ce que leurs rêves leur annonce de bien ou de mal. Enfin, c’est encore deux rêves étranges qui viendront hanter le Pharaon, plus tard, et qui permettront à Joseph d’assumer son destin exceptionnel que D. lui avait réservé. D’étranges vaches maigres dévorant des vaches grasses – image devenue proverbiale – puis de maigres épis de blé engloutissant des épis gros et pleins, perturbent à ce point le Pharaon qu’il fait quérir Joseph pour lui interpréter le message caché dans ces songes. Son explication est tellement lumineuse et réelle que le Pharaon le fera régner sur l’Egypte qu’il sauvera, en toute sincérité, de la famine. A ce stade, nous pouvons déjà observer combien les desseins de D. sont incontournables, s’agissant des hommes. Voici un jeune homme jalousé par ses frères, trahi par les siens, vendu comme esclave en Egypte et finissant dans un cachot, apparemment oublié de tous, au point que lui-même perd espoir de revoir le jour. Exilé loin de sa maison paternelle, comme son propre père l’avait été, il sombre dans le désespoir et invoque D. Qui le tirera du cachot, précisément grâce aux rêves que le Pharaon fera. Rien ne peut contrarier les plans de D. Qui dirige les personnages et les évènements ici-bas selon un déterminisme précis. Les rêves proviennent de l’inconscient de l’homme, de son moi refoulé durant son activité diurne et qui resurgit lorsque son conscient est en sommeil. Or, les rêves qui vont jouer un rôle majeur dans la vie de Joseph, ne sont pas faits par lui, sauf pour les deux premiers. De là nous constatons que les siens propres, décrits en début de la parachahVayéchev, n’ajoutent rien et n’ont qu’une importance théorique : celle de lui prédire ce qui adviendra plus tard dans sa vie ; il s’agit donc de prémonition sans implication immédiate ni pour lui, ni pour son entourage. Ce serait comme une donnée qui sera mémorisée pour le futur, ce que le verset écrit d’ailleurs, au sujet de Jacob qui comprend la portée des rêves de son fils (XXXVII v.11).

Par contre, les rêves des autres que Joseph sera amené à interpréter, seront autrement plus lourds de conséquences immédiates, et joueront le rôle de facteurs déclenchants quant à son devenir. C’est là précisément où l’on reconnait la marque de D. Qui oriente les destins. Joseph ne sera pas oublié, même dans son cachot et il en sortira au grand jour par la volonté même des hommes. Hanah, dans sa célèbre prière adressée à D. après qu’Il l’ait exaucée, dira des siècles plus tard : « Il retire le pauvre de la poussière, des détritus, Il élève le malheureux, pour le faire asseoir sur le trône de gloire » (Samuel I  II v.7). C’est sans doute à Joseph qu’elle pensa en prononçant ces mots. Joseph est l’exemple parfait du bénéficiaire de la providence divine, en ce qu’elle a de plus exaltant. Les péripéties de sa vie, dans sa jeunesse, font apparaître de façon évidente une sollicitude appuyée de la Providence, à son égard, au point que là où il est, il attire à lui la sympathie, dans le sens étymologique du terme. Sa réussite insolente dans tout ce qu’il fait, au service des autres, en est la preuve flagrante, et le verset n’a de cesse de nous répéter : «… eten tout ce qu’il faisait, D. lui donnait la réussite ». Son destin dirigé vers les plus hauts niveaux de la réussite, tient à des rêves étranges mais insignifiants, à l’interprétation très aléatoire.

Alors que d’autres auraient combattu avec acharnement pour gravir les échelons un à un, pour parvenir au pouvoir, au sommet, comme nous pouvons le voir tous les jours dans les combats politiques, Joseph attend patiemment que ses premiers rêves à lui, se réalisent, selon la Volonté divine. Il n’intrigue pas, il ne triche pas, il ne bouscule aucun concurrent, aucun rival pour se hisser au sommet. Au contraire, il subit des brimades et des injustices, notamment de Potifar, son maître, qui le jette dans les sombres geôles pour une faute qu’il n’a pas commise. D’autres auraient protesté et invectivé ; lui ne dit mot et s’en remet à D. La seule requête qu’il dira à l’échanson du roi, lorsqu’il sortira de prison, fut de lui demander de ne pas l’oublier et de parler favorablement de lui devant le roi. Les commentateurs disent que Joseph a commis là sa seule erreur, en s’en remettant à l’homme, plutôt que de s’en remettre au Maître de toutes les destinées. A cause de cette seule faute, Joseph restera encore deux années supplémentaires dans son cachot, car cet homme auquel il s’était confié, s’empressa de l’oublier sitôt sorti du cachot. Bien sot est l’homme qui se fie en l’homme, dit le prophète. Au niveau d’un homme juste comme Joseph, il ne peut y avoir de tolérance pour une erreur qui serait infime pour un autre. Toute sa force, il l’avait placée dans sa foi en D. mais il faillit une fois et tomba. La place déterminante qu’avaient occupée les rêves dans la vie de Joseph, nous révèle un paradoxe : les rêves sont insignifiants, dans la Tradition, et n’engagent que ceux qui y croient. Ils sont très subjectifs, selon qu’ils sont interprétés par des amis ou par des ennemis. Il n’y a donc aucun lieu de leur accorder une quelconque importance. Pourtant, ce sont des rêves mystérieux qui jalonnèrent la vie fabuleuse de Joseph, le propulsant du cachot le plus sombre, au sommet du pouvoir sur l’Egypte, la plus grande des civilisations de l’époque.

Sa voie, tracée au millimètre, l’avait mené depuis sa terre natale de Canaan aux rives du Nil, grâce à son don unique de révéler les secrets des songes. En plus de son interprétation, Joseph irradiait la confiance et la sympathie, qui firent que son explication des rêves était immédiatement acceptée, plausible et crédible. D. faisait avancer inexorablement Son protégé sur l’échiquier, lui ouvrant toutes les portes de la réussite et de la grâce qu’il trouvait auprès de tous, ce qui fait dire à nos sages que la réussite matérielle ou sociale est dans la main de D.

C’est pour cela que nous citons Joseph, dans la Tradition, pour demander à D. de nous accorder le bien et la réussite, ainsi que la neutralisation de « l’œil du mal » qui n’avait aucune prise sur Joseph.    

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