La lumière de Hanoukah

  • Mordekhaï BENSOUSSAN
La lumière de Hanoukah

HANOUKAH justifie parfaitement son nom : « la Fête des lumières ». Ces petites bougies ou ces petites flammes que l’on allume tous les soirs, pendant huit jours, constituent l’essentiel de la mitsvah de Hanoukah, qui veut dire en hébreu « inauguration ». Pourtant, elles semblent bien ténues ces flammes par rapport aux symboles immenses qu’elles doivent nous suggérer. Il nous faut donc faire un retour sur notre histoire pour comprendre de quoi il s’agit.
La Judée d’alors, en -167, était sous la domination grecque, par la Syrie. A la mort d’Alexandre le Grand, en -323, qui n’avait jamais tenté la moindre guerre contre les judéens, son immense empire est partagé entre deux de ses grands généraux : Séleucos et Ptolémée. La Judée est placée de fait sous l’autorité du roi syro-grec Antiochus IV dit Epiphane, qui multiplia les exactions à l’encontre des judéens, et notamment du Temple, jusqu’à y ériger son propre buste. La culture hellénistique avait provoqué de terribles dégâts dans le peuple d’Israël. La philosophie grecque, l’art grec et les jeux des arènes grecs avaient attiré bien des émules dans une population toujours en mouvement, grâce notamment à la complicité active du sinistre Jason, qui se fit nommer par les grecs Grand Prêtre, à la place de son frère Onias III. Jérusalem était devenue une cité grecque, une polis et on y bâtit même un gymnase pour les jeunes éphèbes attirés par le jeu des athlètes. On alla même jusqu’à masquer sa circoncision, puisque les athlètes, à l’époque, se produisaient nus dans les stades. Jason envoya des délégations de jeunes athlètes aux jeux, en l’honneur d’Hercule, à Tyr, comme le firent tous les pays conquis par Alexandre. Toutes ces dégradations morales achevèrent de persuader les judéens à se révolter contre Antioche.
Les intrigues de palais continuaient, et un nouveau venu Ménélas, hellénisant convaincu, obtint d’Antiochus la charge de Grand Prêtre, achevant d’écœurer les judéens religieux et fidèles à la Torah. Ces remous profonds s’accompagnèrent de forts prélèvements d’impôts au bénéfice du roi grec, qui devait financer ses campagnes militaires et son train de vie, n’ayant cure de l’énorme poids fiscal qu’il faisait peser sur une population épuisée. L’ancien grand prêtre Jason et le nouveau, Ménélas, se faisaient la guerre et rivalisaient de preuves d’hellénisation, excédant la population. La corruption, les trahisons et les conspirations régnaient dans la capitale, dégradant complètement l’image et l’honneur du Grand Prêtre.
A cela s’ajouta des décrets fous d’Antiochus Epiphane, que l’on surnomma « Epimane », qui interdirent aux judéens, en -168, de pratiquer la circoncision et le Chabbath, d’étudier la Torah, sous peine de mort. Ces décrets appelés « décrets de la persécution », démontrèrent la stupidité énorme d’Antiochus ; il n’imaginait pas que l’abolition de la Torah n’était pas comme l’annulation d’un code civil de lois à une population occupée, mais signifiait l’abolition du judaïsme, purement et simplement. De plus, le Temple fut souillé et dédicacé à Zeus olympien. Cela acheva de mobiliser la population dans une révolte généralisée, contre les grecs.
La révolte des judéens ne tarda pas effectivement, et se déclencha vers -167 à la suite d’un grave incident survenu à Modiin, près de Jérusalem, lieu de résidence de la famille du vieux Mathatyahou, le Grand Prêtre et ses cinq fils. C’est lui qui brandira l’étendard de la révolte contre les grecs impies et idolâtres et donnera un chef militaire à l’insurrection. La guerre contre les Séleucides ne fut pas longue mais violente et les victoires successives de Juda Maccabée, qui succéda à son père mort en -166, totalement improbables, finirent par déséquilibrer les puissantes armées grecques. Après la bataille de Beith Horon, puis d’Emmaüs, en -167, les Asmonéens sont emplis de gloire auprès de la population. En -165, le général Lysias décide de retirer ses troupes hors de Judée, et ne tenta plus de l’envahir. Ce fut une immense victoire pour les Asmonéens, inimaginable compte tenu de la puissance des grecs et de l’amateurisme des judéens, bien moins nombreux.
Les Asmonéens allèrent tout droit au Temple, afin de restaurer le service sacrificiel et rallumer le grand chandelier, qui brilla à nouveau pour symboliser l’esprit d’Israël.
L’esprit avait vaincu la force ; la lumière avait gagné les ténèbres de l’idolâtrie.

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