Le Deuil .....et la Consolation

  • Mordekhaï BENSOUSSAN
Le Deuil .....et la Consolation

Nous appelons le chabbath qui vient, Chabbath Nahamou, en raison de la lecture de la très belle prophétie d’Isaïe, au chapitre XL : « Consolez, consolez Mon peuple ! ». Le traumatisme absolu causé par la destruction de Jérusalem et du Temple, va plonger Israël dans une affliction profonde, une dépression psychique qui semblera l’abattre durablement. Le châtiment subi est d’autant plus douloureux et insurmontable qu’il a été infligé par D. Lui-même, ce qui est un fondement de la foi. Cependant, mille questions se bousculent dans notre tête. C’est D. Qui nous a infligé le deuil de la perte de Jérusalem et des Temples, avec tous les massacres qu’elle a engendrés, et c’est Lui Qui veut nous consoler ?



Cet appel à la consolation s’adresse à qui ? Israël a-t-il le droit de refuser la consolation, sous le poids du terrible malheur ? Cette dernière question peut parfaitement se rapporter à « l’après Shoah ». Le doublement du mot nahamou correspondrait aux malheurs doubles qu’Israël a subis : un châtiment double serait-il juste ?



Cessons là les questions et analysons la situation.



Les fautes accumulées d’Israël ne concernent pas seulement l’époque d’Isaïe qui, rappelons-le, n’a pas été contemporain de la destruction. Bien au contraire, il a assisté à la délivrance de Jérusalem du siège de Sénachérib qui s’acheva en déroute totale pour ce dernier (cf. chap XXXVI et XXXVII), grâce aux mérites d’Ezéchias. Elles seront dénoncées par tous les prophètes, notamment Hochéa, Mikha, Amos et Obadiah jusqu’à Jérémie qui, lui, verra la destruction de Jérusalem avant d’être exilé en Egypte, en -586. D. avertit des années et des décennies avant de mettre à exécution Ses menaces. Les textes prophétiques sont pleins de ces mises en gardes précises, étalées sur des dizaines d’années. N’oublions pas le prophète Jonas qui est dépêché auprès du roi de Ninive pour lui annoncer la destruction de sa ville à cause de ses péchés. Seule sa brusque prise de conscience et le repentir collectif de Ninive les sauveront de leur fin annoncée, au grand désespoir de Jonas. La morale de l’histoire est que D. attend patiemment que l’homme s’amende jusqu’aux dernières limites de Sa longanimité, parce qu’il ne veut pas faire périr l’homme. A fortiori, a-t-Il mis en garde et attendu patiemment qu’Israël revienne de ses mauvaises voies ; mais rien n’y fit. Cent cinquante années se sont écoulées entre l’exil des dix tribus et la destruction de Jérusalem entraînant l’exil de Juda et Binyamin !



En fait, la consolation réclamée au premier verset, est précédée par la venue de D. Lui-même Qui revient à Sion après l’exil d’Israël, préfigurant le retour d’Israël sur sa terre. La route est aplanie pour permettre un retour plus rapide, plus direct, laissant entendre que les évènements se précipiteront et prépareront ce même retour.



Mais D. peut-Il consoler Israël qui semble inconsolable ? Cette ville superbe qui faisait la gloire d’Israël, tumultueuse de ses habitants, bruyante de vie, se retrouve prostrée dans une solitude funeste, telle une veuve assise à l’écart, dédaignée de tous ; ses larmes ruissellent sur ses joues et personne pour la consoler (Ekha I 1 et 2). Le coup asséné par D. lui est fatal et sans remède ; plus que sa douleur, c’est son désespoir qui lui est insupportable. Elle se rappelle ses fils vaillants et ses filles altières et ses pleurs redoublent ; elle revoit la cruauté de ses ennemis et leur joie grossière de la voir tombée et son cœur souffre (I 15 et 22). Aussi, Israël ne peut se consoler car plus l’offenseur est cher, dit l’adage, plus grande est l’offense : comment accepter le réconfort de D. Qui l’a ainsi martyrisée et humiliée ? Pourtant, elle reconnaît ses fautes et son inconduite, et comprend son châtiment (v.18), mais elle ne l’admet pas, elle ne l’accepte pas parce que D. a fait d’elle la risée des nations qui ricanent et applaudissent à son malheur. C’est pour cet état d’âme d’Israël que D. décide de consoler Son peuple ; Lui Qui l’a frappé, veut le réconforter, panser ses blessures et le relever de son deuil. Finalement, D. agit à l’instar d’un époux qui se serait emporté contre son épouse et l’aurait rejetée. Mais, ensuite, regrettant son geste en disgrâce, veut la reprendre et la rapprocher de lui.







Mais Israël ne se laisse pas consoler aussi facilement. Israël ne peut tout simplement pas se relever des malheurs terribles qu’elle a subis, de la tourmente dans laquelle elle a été plongée. Les prophètes qui l’ont tancé abondamment et qui veulent à présent le consoler, ne sont pas écoutés, entraînant l’insistance progressive de D. Qui cherche différents moyens de rassurer Son peuple.



Le déroulement de ces sept haphtaroth nous présente effectivement cette progression dans cette relation difficile entre D. et Israël. Celui-ci refusera toute tentative de consolation jusqu’à ce que D. Lui-même vienne lui tendre la main et le relever pour mettre fin à son deuil, pour dire que seul Lui peut le consoler, pas Ses envoyés les prophètes.



Combien ces lectures prophétiques semblent d’actualité ! Après des siècles, que dis-je, des millénaires, D. semble vouloir reprendre Israël à Lui, en lui permettant de retrouver à nouveau sa terre ancestrale, si disputée par ses ennemis ; en accordant à chaque fois la victoire à Son peuple contre ses ennemis. En engageant un formidable retour des exilés, par millions depuis des décennies, de tous les coins de la terre. Il fait en sorte que cette terre, si fertile, rende avec générosité et profusion, le labeur harassant que ce peuple a investi en elle. Ce sont là tous les signes du retour d’Israël et de la venue prochaine du Messie. Oui, certainement, D. veut nous dire : « Relevez-vous ! Consolez-vous, car Je vais revenir résider dans Mon Temple, à Jérusalem ». Nous T’attendons, ô Seigneur.

Michaël 19/08/2016 12:02

Amen !
Que nous puissions, Baroukh HaShem, assister à la reconstruction du Temple...

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