Réflexion Postérieure

  • Mordekhaï BENSOUSSAN

Le jeûne du 9 Av vient de passer, et je ne peux m’empêcher d’exprimer une réflexion amère, après coup. La fréquentation des synagogues n’est jamais très importante, lors des offices du 9 Av. Ce jeûne tombe toujours lors des vacances d’été, au milieu ou vers la fin, et il ne faut pas s’attendre à ce que les vacanciers sacrifient un ou deux jours de leur précieux repos, pour aller se joindre à des prières dont ils ne comprennent quasiment rien. Assis par terre, pour la plupart, chantant des mélopées que l’on n’entend qu’à cette circonstance, réciter des lamentations à partir d’un rituel spécial pour ce jour, que l’on n’utilise donc qu’une seule fois dans l’année : cela fait beaucoup pour dissuader des éventuels fidèles de passage ou fixes, de venir passer plusieurs heures à la synagogue. Mais je ne les excuse absolument pas : j’essaie juste de comprendre le phénomène, en bon Rabbin qui observe et qui scrute les mouvements et les comportements de sa communauté.
Les raisons que je viens de noter, sont réelles mais en fait, elles ne sont que des arguments éventuels, car l’écrasante majorité ne connait rien à Ticha béAv, rien de la catastrophe qui s’est abattue, il y a 1948 ans, sur Jérusalem et sur le peuple juif en général. Sans avoir lu son histoire, sans avoir étudié les textes afférents à la destruction des Temples, sans avoir pris conscience de cette guerre imposée par Rome pour détruire Jérusalem et briser la fierté d’Israël, on ne peut rien comprendre à ces prières, à cette liturgie spéciale qui semble si rébarbative.
De plus, dix neuf siècles et demi après, à qui pourrait-on faire le reproche d’oublier ou de négliger l’importance de ce moment ? Pourtant, nos Sages n’ont pas ménagé leurs efforts pour garder vivace la mémoire de ces malheurs qui constituèrent un tremblement de terre de magnitude 9 sur l’échelle de Richter… Les deux exils d’Israël, celui de Babylonie en -589 par Nabuchodonosor, et celui de 70 par Titus, furent provoqués par la destruction du Temple de Jérusalem. La splendeur d’Israël, tant convoitée par les tyrans et les empereurs de tous crins, fut souillée, piétinée au sol, détruite jusqu’à sa base. Jérusalem fut même rasée et baptisée avec un nom latin, Aelia Capitolina, pour en éradiquer jusqu’au souvenir.
Pourquoi les Sages insistent-ils tant pour nous éveiller sur cette catastrophe ? Parce qu’ils savaient fort bien que le temps et les siècles allaient émousser puis effacer ce souvenir. Et alors ? Ces évènements dramatiques furent accompagnés d’une guerre sanglante sans merci, de massacres d’une ampleur jamais égalée, jusqu’à la Shoah. En fait, les premiers nazis furent les romains, dont ils léguèrent d’ailleurs les emblèmes conquérants aux allemands du Reich. Rome réduisait et asservissait tous les peuples de son immense empire ; la Judée faisait partie de cet empire et la rébellion et la résistance juives décidèrent Néron d’envoyer son chef d’armée Vespasien pour mater la Judée. En plein siège de Jérusalem, il est nommé empereur à la suite du suicide de Néron, et laisse sur place son fils, l’immonde Titus qui achèvera son œuvre quelques mois plus tard.
Cette destruction du second Temple, ne fut pas due au mérite et à la bravoure de ce Titus, mais à l’abandon du peuple d’Israël par D. réalisant ainsi maintes prophéties qui l’annonçaient au peuple, sourd à ces mises en garde. C’est exactement là le point essentiel : ce n’est pas la défaite militaire et ce ne sont pas pas les massacres de la population jéroussolémite qui déchirèrent le cœur de nos Sages : c’est l’indiscipline et l’incurie du peuple qui provoquèrent cela. Il fallait donc que le peuple d’Israël tire les leçons de cette terrible défaite et s’amende en revenant à D. Les lamentations et les récits qui caractérisent la liturgie de Ticha béAv, expriment de façon poignante notre désolation et décrivent les horribles scènes de rues lors de cette guerre. D. eut beau envoyer Ses prophètes et mettre en garde très sévèrement le peuple, rien n’y fit, et il arriva ce qui devait arriver… Le rouleau des Lamentations – Ekha – que nous lisons à deux reprises le 9 Av, fut écrit par Jérémie qui vécut la destruction du premier Temple. Pourtant, ses mots et ses plaintes restèrent parfaitement de circonstance, avec une vérité criante, lors de la destruction du second Temple, six siècles plus tard. Il y exprime la douleur et la peine de tout un peuple que rien ne pourrait apaiser.
Imaginez si le Temple n’avait pas été détruit, et que le peuple d’Israël était resté sur sa terre, comme cela aurait du être logiquement la réalité prévue par D. notre histoire aurait été totalement et fondamentalement différente. C’est l’exil qui a poussé Israël auprès de peuples et de nations haineuses, qui n’eurent jamais de cesse de persécuter et de spolier Israël, poussés par les rois, les seigneurs, les évêques et les papes qui voulaient se venger contre ce peuple qu’ils désignaient comme déicide, déchu de son rang d’élu de D.
Ce que, malheureusement, nos coreligionnaires ne comprennent pas, par ignorance, c’est qu’en commémorant et en respectant ce jeûne, équivalent à Yom Kippour dans sa rigueur, ils maintiennent vivants le souvenir de nos myriades de martyrs, ils font vivre le lien indéfectible avec la terre d’Israël et ils espèrent en la venue messianique qui rétablira la vraie mission d’Israël dans le monde. Pourquoi devrions-nous maintenir toujours vivant le souvenir de la Shoah, plus que celui de la destruction du Temple ? Ce sont deux shoah équivalentes et, plus encore, la première fut délibérément provoquée par des conquérants venus sur notre terre d’Israël où ils n’avaient rien à faire, et d’où ils nous contraignirent à l’exil. La seconde est la conséquence catastrophique de l’exil d’Edom, celui de Rome, dans lequel une partie importante de notre peuple se trouve encore.
C’est en prenant part au deuil de Jérusalem, que nous aurons le mérite de prendre part à sa consolation et à la construction du IIIème Temple.

Michel ASSOUN 16/08/2016 22:50

Mea maxima culpa, ainsi que les chrétiens le disent mais qui exprime bien le regret de mon absence, et si même la langue de ce regret est celle des destructeurs d'alors.
Le pentateuque et les prophètes le répètent à l'infini : abandonnes la règle morale dictée au Sinaï puis tout au long de l'Exode, et tu seras abandonné toi même, à ton sort.
A contrario.....
La voie dictée n'a pas vieilli, n'a pas pris une ride. Mémoire d'Israël. Leçon d'Israël. Notre guide.

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